En novembre 2014, les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) réalisaient, de manière surprenante, la meilleure prise de leur histoire : un général de l’armée colombienne, capturé dans le département du Chocó1. Fraichement réélu en juin 2014, Juan Manuel Santos suspendit alors immédiatement les dialogues de paix en cours depuis 2012 à La Havane entre la guérilla et le gouvernement. Ce qui aurait pu être une crise pour le processus de paix ne fut qu’un soubresaut ; une fois le général libéré, les négociations purent reprendre. Cet événement a cependant mis en avant un paradoxe : celui d’une négociation de paix à Cuba sans cessez-le-feu en Colombie. Il est certain que ces négociations revêtent, du fait de leur ambition, un caractère historique : régler un conflit vieux de près de soixante ans, réinventer une politique agricole, réinsérer les combattants et garantir la participation politique de l’opposition, penser une politique de réparation pour les milliers de victimes et les plus de cinq millions de déplacés, sans parler des modalités de cessez-le-feu et de remise des armes. Les premiers résultats montrent des avancées importantes, et le processus peut compter sur le soutien d’une partie importante de la population colombienne 2 , qui a manifesté sa volonté d’en finir avec un conflit qui dure depuis les années 1960. Cependant, elle n’a pas hésité non plus à exprimer son inquiétude envers les orientations économiques prises par le gouvernement de Juan Manuel Santos, comme en témoignent les très nombreuses grèves du secteur paysan en 2013 contre la signature des traités de libre échange3 . De fait, les campagnes ont connu une mobilisation d’une ampleur sans précédent, pour rendre visible un conflit agraire qui reste toujours aussi palpable dans des zones rurales marginalisées par rapport aux centres économiques du pays.

Cette marginalisation et l’imbrication historique des questions politiques et agricoles en Colombie, invitent à penser la question des négociations de paix en même temps que les questions foncières. Si Juan Manuel Santos a assuré sa réélection en juin 2014 en se plaçant dans le camp de la paix, d’autres propositions ont suscité de vives controverses, notamment son plan de développement économique autour des « locomotives du développement », basé sur l’extraction des ressources. Alors que les négociations de paix proposent de discuter de la politique agricole, les grands projets d’extraction sont déjà à l’œuvre en Colombie. Cette dynamique extractive accroit les tensions sur des parties du territoire qui concentrent une multitude d’acteurs armés : guérillas, narcotrafiquants, paramilitaires, bandes criminelles organisées ; tous attirés par les ressources (or, charbon, coltan, nickel, argent, zinc, molybdène, platine, etc.) et le potentiel renouvelé des terres colombiennes, en particulier avec l’exportation d’agro-carburants. Dans ce contexte, les groupes paramilitaires et les bandes criminelles s’affairent autour des ressources agricoles, minières et énergétiques à travers de nouvelles stratégies d’accaparement des terres. Même si l’enthousiasme autour du processus de paix est réel au niveau national, celui-ci est à mettre en parallèle avec un contexte local complexe que nous nous proposons d’expliciter dans cet article à travers le cas de deux régions stratégiques : le Bas Atrato et le Magdalena Medio4 .

Nouvelles stratégies daccaparement des terres

Dans la région du Bas Atrato (département du Chocó), c’est une stratégie particulière qui se met en place pour la captation des ressources et plus précisément des terres fertiles. Dans deux bassins riverains touchés par les déplacements massifs de 1997, les communautés afro-descendantes de Jiguamiandó et Curvaradó expérimentent aujourd’hui le processus de retour sur leurs terres. Placés sous un régime de propriété collective des communautés afro-descendantes par la loi de 1993, ces territoires sont en principe sous la responsabilité des conseils communautaires. Or, suite au départ de 70% de la population, et malgré la volonté des familles déplacées organisées en conseils, de reprendre leurs terres, ces retours se heurtent en pratique aux chefs d’entreprises installés pendant le déplacement et peu enclins à renoncer à ces investissements très fructueux. En effet, des projets de grande ampleur mis en place par des entreprises nationales et internationales, dont certaines ont reçu des subventions de l’État5 , ont investi des milliers d’hectares dans la production de bétail et dans les plantations de palme africaine et bananes plantains destinées à l’exportation. En relation étroite avec les différents groupes paramilitaires (quand ils ne sont pas eux-mêmes membres d’un de ces groupes. En novembre 2014, un juge de Medellin condamnait seize chefs d’entreprise pour « délit aggravé en bande organisée », « déplacement forcé » et « invasion d’aires d’importance écologique spécifique ». Cependant, en 2014, ces entreprises contrôlent encore 20% des territoires collectifs des deux communautés. Les principales entreprises condamnées sont Palmas de Curvaradó S.A., Palmura S.A., Palmas de Bajirá S.A., Inversiones Agropalma & Cia Ltda et Palmadó Ltda. Dans d’autres occasions déjà, l’appareil judiciaire avait soulevé les relations ambiguës entre certains chefs paramilitaires, notamment Vicente Castaño, et des entreprises de palme, ainsi que les stratégies mises en place pour prendre le contrôle des terres dans cette région.), ces chefs d’entreprise proposent aux conseils communautaires, souvent récemment constitués, des « alliances stratégiques » : les paysans récupèrent leurs terres et continuent à produire pour la même entreprise en lui vendant la production. Mais de nombreux conseils communautaires s’opposent à ces nouvelles formes d’exploitation des populations et à ces nouveaux types de contrats qui équivalent à des locations de terres sur des périodes quasi infinies. Face à cette mobilisation sociale importante menée par les leaders historiques des bassins de Jiguamiandó et Curvaradó, les paramilitaires ont porté leur attention sur la représentation légale de ces conseils communautaires. Entre cooptation et menaces, ils font pression sur l’élection de membres plus enclins à conserver des liens avec ces entreprises au nom du développement économique de cette zone. Une fois qu’ils contrôlent la représentation même des communautés, ils assurent ainsi la continuité de leur projet et étendent leur contrôle territorial. Les cultures de bananes, de palme et le bétail en pleine expansion continuent ainsi en toute impunité sur les terres des communautés et les connivences entre les administrations et police locale, les entreprises et les paramilitaires freinent les ordres d’expulsion pourtant actés par la justice colombienne. On assiste alors à un véritable processus de légalisation de la dépossession où les administrations locales ne mettent pas en œuvre les mesures judiciaires à l’encontre de ces occupants illégaux. Cette dépossession va encore plus loin dans les cas où les entreprises qui occupent illégalement ces terres portent plainte pour invasion de biens privés contre les communautés autochtones qui ont pourtant un titre de propriété sur leur territoire.

La région du Magdalena Medio, bastion historique de luttes paysannes et ouvrières, fait l’expérience d’un type similaire d’accaparement des terres, notamment via la présence des paramilitaires au sein des administrations. Cette emprise paramilitaire -qui débute dès la fin des années 1990 par l’entrée de ces groupes dans la ville de Barrancabermeja, premier port pétrolier du pays sur les rives du fleuve Magdalena- a depuis lors changé de visage. En effet, apparus dans les années 1980, les groupes paramilitaires se constituent d’abord comme défenseurs d’un projet anti-insurrectionnel portés par de grands propriétaires terriens et une partie de l’élite économique colombienne, en réaction à l’insurrection des guérillas et aux menaces que celles-ci représentaient. Ces groupes armés se sont multipliés dans les années 1980 et 1990 en entretenant des rapports ambigus avec les forces armées colombiennes et avec les narcotrafiquants, notamment suite au boom de la coca des années 1980. Rassemblés sous la bannière des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC), les paramilitaires ont entamé des négociations en 2003 avec le gouvernement d’Alvaro Uribe Vélez, menant à leur démobilisation entre 2003 et 2006. Après 2006 on observe une refonte de ces groupes ainsi qu’un morcellement des AUC en plusieurs « bandes criminelles » (BACRIM – Bandas criminales). La démobilisation ne s’est faite que partiellement, et de nombreuses bandes criminelles d’aujourd’hui sont les héritières directes des paramilitaires des années 1990. Elles conservent donc la même emprise territoriale, et parfois même le même nom.

La prise de contrôle de Barrancabermeja par ces derniers entre 1996 et 2003 et notamment des quartiers populaires se traduit par une répression sanglante. Dès la fin des années 1990, les paramilitaires remontent progressivement le fleuve Magdalena depuis Puerto Boyacá, pour prendre réellement le contrôle social de la ville entre 2000 et 2003. Ils investissent les différents quartiers, et chassent notamment la guérilla des zones urbaines périphériques. Organisations sociales, groupes d’opposition de gauche, leaders communautaires, défenseurs des droits de l’homme, leaders paysans et syndicalistes, sont tout particulièrement visés par cette répression qui vise à asseoir le contrôle social et territorial de ces groupes. Entre 2000 et 2003 on dénombre plus de 1000 assassinats et environ 300 disparitions forcées dans la ville et ses alentours6 . Ces exactions sont commises avec la complicité de commandos de l’armée colombienne en charge de la lutte contre le narcotrafic et plus précisément du réseau 07 des renseignements de l’armée colombienne7 . Depuis, les paramilitaires ont renforcé leur emprise sur la région et notamment sur des zones stratégiques : Yondó et ses puits de pétrole, Remedios et son or, les champs de coca de San Pablo et les terres fertiles de la municipalité de Cantagallo. Après le contrôle des zones urbaines, la terreur s’étend également aux campagnes, où la violence légitime se confond souvent avec la violence paramilitaire. La « sécurité démocratique8  » affecte directement les organisations paysannes suspectées de nourrir l’ennemi 9 quand elles ne sont pas accusées de penser comme lui. Dès 2003, les organisations sociales sont touchées par la violence judiciaire avec de faux procès intentés à leurs membres ; dans le même temps les paysans sont parmi les premières victimes des dits « faux positifs »,  assassinat de civils qui sont ensuite déguisés pour apparaître comme des guérilleros tués au combat 10. Cependant, les violences massives et surtout visibles (massacres, assassinats, déplacements forcés, destruction systématique de biens privés) se sont estompées pour laisser place à des stratégies plus subtiles et moins manifestes. En effet, on observe une graduelle politisation des groupes paramilitaires – notamment las Aguilas Negras, los Rastrojos, los Serafines, los Urabeños – dans le sens où ils s’emparent progressivement des administrations et des organes de décision au niveau local vers la fin des années 2000. Alors qu’autrefois ils contrôlaient ces arènes politiques locales par la cooptation et la menace, certains travaillent maintenant directement au sein des administrations et conseils municipaux, où ils semblent avoir troqué le treillis pour la cravate. Jouant de leur contrôle sur la société et les ressources, ils ont réussi progressivement à se faire élire, ou à se placer sur des postes clés au sein de l’administration via leurs bonnes relations politico-économiques au sein de l’élite politique locale. Ce phénomène d’ancrage des acteurs paramilitaires au sein même des institutions 11 s’illustre tout particulièrement dans les alliances ponctuelles au niveau local pour obtenir certains postes clés, par exemple dans les mairies de Remedios et de Segovia où les paramilitaires gangrènent ainsi la politique locale. Ils gèrent ainsi des budgets, décident des investissements sociaux et économiques dans des zones tant stratégiques que défavorisées. Ainsi, dans la région du Magdalena Medio, de nombreuses autorisations d’exploration et d’exploitation des mines ont été accordées sur des territoires protégés, réserves naturelles ou zones de réserve paysanne 12. Les entreprises pétrolières repoussent alors chaque jour les limites des autorisations environnementales, pendant que les habitants de municipalités comme Yondó –qui figure parmi les mairies recevant le plus de royalties du pays– ne disposent toujours pas de services publics dignes de ce nom.

Vers une lutte pour la représentation politique

La lutte pour la terre des années 1970 se transforme progressivement en une lutte pour le territoire avec toutes les dimensions économiques, sociales, environnementales et culturelles que celui-ci revêt. Avec la transformation des stratégies paramilitaires, le conflit territorial mue localement en une lutte pour la représentation politique. Les organisations paysannes, qui historiquement se mobilisent dans cette arène politique doivent faire face aux mêmes acteurs violents que ceux des années 1990, lesquels jouent aujourd’hui avec des armes politiques légales.  Ces nouvelles stratégies de contrôle territorial ne signifient pas pour autant une pacification de ces zones stratégiques. Les paramilitaires naviguent en effet entre contrôle politique et criminel ; où le contrôle politique n’est possible que par son pendant violent : intimidations, extorsions, menaces, assassinats sélectifs et disparitions forcées. Cependant, ces actes de violence plus larvés sont à la fois moins visibles et moins identifiables, et sont catalogués comme des faits de délinquance commune. De plus, il convient de garder à l’esprit que les paramilitaires étant officiellement démobilisés depuis la loi « Justice et Paix », ils n’existent officiellement plus. Les exactions deviennent alors le fait de « bandes criminelles », comprendre : dépolitisées, désorganisées, n’ayant aucune préoccupation stratégique.

Le travail de dénonciation des organisations sociales devient alors beaucoup plus complexe. Ces nouveaux types de violence affectent les organisations sociales en leur cœur – puisqu’ils touchent à la représentation politique – et se développent  dans des conditions socio-économiques difficiles, où la population rurale est tentée de s’engager dans ces partenariats avec les entreprises pour dégager un revenu supplémentaire dans des zones historiquement marginalisées. Organiser la lutte depuis le territoire est devenu essentiel pour sortir des logiques individuelles imposées ces dernières années par les politiques de formalisation et d’enregistrement des droits fonciers. Ainsi, l’union des organisations locales est primordiale pour garantir la sécurité foncière et la permanence in situ des paysans face aux convoitises des grandes firmes. Celles-ci exercent leur prédation dans le cadre de marchés fonciers (pressions à la vente ou « alliances stratégiques ») ou bien en dehors (expulsions et spoliations dans le cadre d’opérations militaires et paramilitaires, octroi de concessions par l’État aux entreprises sur des terres domaniales occupées par des paysans).

Même si les mobilisations récentes, tant sur les questions agricoles qu’en faveur de la paix, ont démontré un soutien important de la population au processus en cours, plusieurs questions restent en suspens, en particulier pour les populations rurales qui représentent 32% du pays. Quand les combats s’arrêteront-ils réellement ? Les derniers débats, houleux, entre le camp politique du président et celui de son prédécesseur Alvaro Uribe Vélez sur un éventuel cessez-le-feu bilatéral rendent bien compte de toutes les difficultés de sa mise en place, et questionnent notamment le rôle futur d’une armée suréquipée, au budget colossal, et qui rêve depuis des décennies d’une illusoire victoire militaire. Que se passera-t-il dans les territoires encore sous contrôle de la guérilla, sachant que l’État y est historiquement absent, et qu’il n’a pas les capacités (ou la volonté) de déployer une présence civile dans ces zones très stigmatisées ? Que faire des autres groupes qui ne participent pas aux négociations et notamment des paramilitaires dont les victimes sont reçues à La Havane alors même que ces groupes sont officiellement démobilisés ? Enfin, la paix pose la question des garanties données aux paysans sur leurs territoires, car tandis qu’à Cuba on discute de la concentration des terres, en Colombie, leur accaparement prend de nouvelles formes et se légalise.


  1. En novembre 2014, le Général Alzate et son équipe tombent aux mains de la guérilla des FARC alors qu’ils suivaient un projet de développement de l’armée dans cette zone pourtant déclarée zone rouge. Les FARC n’avaient jamais détenu en leur pouvoir un militaire aussi haut gradé depuis leur constitution en 1964.
  2. Ce soutien s’est exprimé à travers de nombreuses mobilisations en faveur de la paix notamment depuis 2012. La paix a également été au centre de la campagne présidentielle de juin 2014 où Juan Manuel Santos s’est imposé comme le candidat de la paix, contre Oscar Ivan Zuluaga qui critiquait le processus de négociations en cours.
  3. En août 2013, lorsque les paysans colombiens se soulèvent au nom de la « dignité », ils mettent en avant leur opposition face aux traités de libre échange signés avec les États-Unis (en mai 2012) et avec l’Union européenne (en août 2013) qui mettent directement en concurrence les paysans colombiens, faiblement équipés et non subventionnés, avec les secteurs subventionnés de l’agrobusiness nord-américain et européen.
  4. Ces analyses se basent sur plusieurs périodes de terrain de septembre 2012 à novembre 2014 dans ces deux régions. Pour notre étude de cas, nous nous penchons sur les mobilisations de deux organisations paysannes dans ces régions. Il s’agit du cas de l’ACVC (Association paysanne de la vallée du fleuve Cimitarra) constituée en 1998 dans le Magdalena Medio. Elle cherche à défendre la zone de réserve paysanne, l’autonomie des projets de développement des communautés et la défense des droits économiques, politiques et sociaux des paysans. En ce qui concerne la région du Bas Atrato il s’agit des conseils communautaires des communautés afro-descendantes de Jiguamiandó et Curvaradó dont les populations retournent progressivement sur leurs terres depuis le début des années 2000. Pour garantir leur sécurité et l’exigence de leurs droits sur le territoire, elles se sont réunies en zones humanitaires.
  5. Le gouvernement colombien d’Alvaro Uribe Vélez, ainsi que celui de son successeur Juan Manuel Santos, ont été séduits par l’essor des agro-carburants et subventionné en partie les productions comme la palme africaine ou la canne à sucre à destination de la production d’éthanol, à travers des programmes comme Agro Ingreso Seguro, chargé d’octroyer des subventions aux agriculteurs. Ce programme, conçu par l’ex-ministre de l’Agriculture Andrés Felipe Arias durant le gouvernement d’Alvaro Uribe Vélez, a été impliqué dans de nombreux scandales de corruption et d’attribution de ressources à des grands propriétaires et à des figures publiques. L’ancien ministre a lui-même été condamné à 17 ans de prison en 2014 pour détournement de fonds publics.
  6. Cinep/Credhos, 2004, Barrancabermeja, la otra versión, Caso tipo 3, Informe Noche y Niebla.
  7. Entretien avec des membres de Credhos (Corporación Regional para la defensa de los derechos humanos : Corporation Régionale pour la défense des droits de l’homme), 2013
  8. Slogan politique de la politique sécuritaire d’Alvaro Uribe Vélez.
  9. Dans le Magdalena Medio, les paramilitaires et l’armée colombienne mettent en place des blocus ponctuels sur les routes et voies fluviales jusqu’à la fin des années 2000, ne laissant passer ni vivres, ni essence, ni médicaments dans les villages, accusant les paysans d’approvisionner la guérilla.
  10. Des soldats de l’armée régulière colombienne, attirés par les récompenses promises pour la mort de guérilleros, assassinaient ainsi des paysans qu’ils déguisaient ensuite en cibles militaires.
  11. Grajales Jacobo, 2009, Privatisation de la violence et formation de l’État. Le cas du phénomène paramilitaire en Colombie, mémoire de recherche Ecole Doctorale de Sciences Po, IEP Paris
  12. Les zones de réserve paysanne résultent d’une proposition d’aménagement territorial constituée par la loi 160 de 1994 qui, dans son chapitre XIII, les définit comme un régime spécial de propriété. Ces zones visent à protéger les agricultures paysannes des accaparements de terres pour l’élevage extensif (latifundio traditionnel), l’agrobusiness et le secteur minier-énergétique. Ce sont des zones réglementées pour favoriser l’entrepreneuriat à petite échelle et l’autonomie dans la gestion des projets par les communautés. La Colombie compte six zones de réserve paysanne constituées et plus de cinquante en cours de constitution.