En juillet dernier, la Pologne accédait pour la première fois depuis son adhésion à la présidence tournante de l’Union Européenne. Outre les priorités économiques, les dirigeants polonais avaient maintes fois présenté leurs ambitions pour développer la PSDC, notamment par la voix de l’emblématique Ministre des Affaires Etrangères, Radek Sikorski. Durant le début de cette présidence, le parti du Premier Ministre Donald Tusk, la Plateforme Civique, était en période de campagne électorale en vue des élections législatives du 9 octobre. De plus, il fallait également gérer les répercussions de la sortie du rapport sur le crash de Smolensk l’an dernier, qui a eu des conséquences sur le monde de la défense, avec notamment la démission du Ministre Bogdan Klich le 31 juillet. Cette accession à la Présidence de l’UE s’est également faite dans une période où l’actualité  internationale était intense, avec le printemps arabe et la question de la reconnaissance palestinienne.

Une Présidence qui rassure…

Après la présidence hongroise et les scandales causés par Victor Orban en début d’année 2011, la prise de responsabilité polonaise a montré la maturité d’un gouvernement qui a d’emblée montrer son envie de conduire raisonnablement les affaires européennes. Le contraste fut saisissant et à l’avantage des hommes politiques polonais au pouvoir, en particulier MM. Tusk et Sikorski.

Dès la fin du mois de juillet, le gouvernement a du cependant faire face à un changement majeur, même s’il était attendu depuis longtemps. Suite à la publication du rapport sur le crash de Smolensk d’avril 2010, le Ministre de la Défense, Bogdan Klich, a annoncé sa démission le 31 juillet. En effet, celui-ci était mis en cause par le rapport pour sa gestion de la crise et pour les erreurs constatées dans tout le Ministère. Mais surtout, cela permettait à la Plateforme Civique de se protéger des attaques du leader de l’opposition, Jarolsaw Kaczynski dont le frère jumeau Lech (alors Président) est décédé lors du crash. Dans la perspective des élections, les attaques à relents populistes du leader survivant de Droit et Justice pouvaient en effet peser lourd dans la balance. M. Klich fut remplacé par un homme expérimenté mais d’une nouvelle génération, n’étant parvenu aux affaires que bien après la Chute du Mur, Tomasz Siemoniak. Malgré ce remous, la politique polonaise en matière de défense ne changea pas de cap, et mit fin à une longue période d’incertitude sur le sort d’un poste de Ministre dont le titulaire avait plusieurs fois menacé de démissionner.

Lors des élections législatives il y a un mois, l’équipe de Donald Tusk réussit à rester au pouvoir, ce qui fut une première dans l’histoire de la Pologne depuis 1989. Là encore, un signal de stabilité fut envoyé aux partenaires européens dont certains craignaient plus que tout le retour au pouvoir du très eurosceptique Jarolsaw Kaczynksi. Cela fut aussi le signe que les Polonais approuvent la politique du gouvernement, qui se montre largement pro-européen.

… mais avec peu de projets pour la PSDC

De nombreux aspects montrent que la Pologne souhaite  fait maintenant pleinement partie du jeu européen. Cela est particulièrement visible en comparaison avec la tumultueuse période des Kaczynski ou encore après le premier projet américain de bouclier antimissile. Par sa Présidence rondement menée et sa participation active au Triangle de Weimar, la Pologne montre qu’elle s’est intégrée dans les institutions européennes, notamment en matière de politique extérieure.

Mais, en cette période de forte actualité internationale, elle peine à présenter à ses partenaires européens des projets concrets. En dépit de nombreuses occasions, l’UE n’a lancé aucune opération militaire depuis 2 ans, et se contente d’assurer celles lancées auparavant. La Pologne n’aura pas cherché à motiver l’Union pour s’assurer sur la scène internationale, si tant est que cela était possible en pleine crise de l’euro. Sur la question libyenne, les initiatives de la présidence tournante ont été inexistantes, la Pologne ne s’est pas investie dans l’opération de l’OTAN et n’a pas réussi à donner un nouveau souffle à l’opération Eufor Libya, qui est au final mort née. Au printemps dernier, M. Sikorski, premier responsable de haut niveau à se rendre à Benghazi, avait promis aux rebelles une aide pour la transition démocratique, mais aucun projet significatif n’a vu le jour à présent.

Dans le cas syrien, la Pologne n’a pas non plus réussi à unir les 27 pour des actions concrètes. Le sérieux de la Pologne est également remis en cause par sa non-participation à l’opération Atalanta qui souffre pourtant d’un manque de moyens chronique. Il faut dire que la Présidence polonaise pâtit d’un manque de dynamisme dans l’UE en général en ce qui concerne la sécurité et la défense.

En septembre dernier, le Ministre Siemoniak a invité ses homologues des 27 pour une réunion informelle à Wroclaw, afin de discuter de l’avenir des opérations en cours et de leur avenir, ainsi que des autres projets européens, notamment les battle groups. Les Polonais avaient montré leur envie d’en faire une réunion importante, mais ont du faire face à l’absence de la Haute Représentante, Catherine Ashton, ainsi qu’à celles des Ministres français et espagnols, qui ont choisi de ne pas assister à la totalité des rencontres. Dans de telles conditions, il fut difficile d’avoir des débats constructifs, surtout lorsqu’ils sont empoisonnés par l’impuissance européenne en Libye.

Il semble que devant les enjeux internationaux auxquels l’UE doit faire face en 2011, la Pologne n’ait pas encore la carrure pour exercer un leadership en termes de politique extérieure et de sécurité. Au contraire, l’addition des évènements internationaux a plutôt tendance à faire perdre toute la visibilité de la présidence polonaise en termes de politique extérieure et de sécurité. Il en était de même avec la question de l’accession de la Palestine à l’ONU : l’UE n’a pas réussi à avoir une position commune solide. Cependant, devant un enjeu aussi crucial, il était difficilement concevable que les autres « grands » pays de l’Union laissent l’initiative à la Pologne.

Un projet : vers l’Europe Orientale

Le grand projet de la Pologne pour l’Union Européenne est de voir celle-ci s’étendre vers l’Est, et en particulier vers l’Ukraine. C’est pourquoi elle a lancé, en partenariat avec la Suède, l’idée d’un partenariat oriental qui est devenu un projet européen. Un accord d’association avec six pays : Biélorussie, Ukraine, Moldavie, Arménie, Géorgie et Azerbaïdjan a ainsi été signé en mai 2009. Le gouvernement polonais a, à l’occasion de sa présidence, accueilli un sommet à ce sujet les 29 et 30 septembre.

Cet accord d’association fut un vrai succès pour la Pologne, qui pourrait également se féliciter de la conclusion prochaine d’un accord de libre échange avec l’Ukraine. Selon le Ministre Sikorski, cet accord donnerait à Kiev 80% des fameux « acquis communautaires ». Mais d’un autre côté, alors que le Président ukrainien Victor Ianoukovitch a plusieurs fois répété sa volonté d’intégrer l’UE à moyen terme, il envisage également de rejoindre une union douanière proposée par la Russie, ce qui changerait complètement les perspectives. De plus, la condamnation de l’opposante Ioulia Timochenko le 7 octobre dernier a largement refroidi les relations entre les 27 et Kiev.

D’autres obstacles bloquent le développement du projet polonais. En effet, de nombreux conflits toujours irrésolus existent dans les régions concernées : Transnistrie, Haut-Karabagh, Géorgie… Sans compter que la situation politique en Biélorussie ne permet pour l’heure aucun rapprochement entre Bruxelles et Minsk. Cependant Varsovie reste le principal soutien aux opposants de Loukachenko et investit beaucoup d’énergie politique dans cette cause, essayant d’y entraîner le reste de l’Union Européenne. Les Polonais dans leur ensemble restent très optimistes quant à la chute prochaine du régime de Loukachenko, et ils ont réussi lors des élections de l’année dernière à mobiliser une bonne partie de l’Europe. Tout comme à propos de la Libye, la Pologne espère capitaliser sur sa propre expérience de démocratisation pour apporter son aide à ses voisins orientaux. Mais tout dépend des décisions politiques qui seront prises par ces pays eux-mêmes, en particulier en Ukraine..

A l’été 2008, lors de la guerre en Géorgie, la Pologne n’avait pas caché son envie de proposer l’adhésion de l’Etat caucasien à l’OTAN et à l’UE. Mais depuis, la Pologne a du revoir ses positions, notamment pour pouvoir relancer sa relation avec la Russie de François Medvedev. En effet, la Russie conserve une influence considérable dans le voisinage oriental de l’UE, et il est difficilement concevable de ne pas tenir compte de sa position.

Les récents développements internationaux font que l’UE se doit d’entretenir d’étroites relations avec le duo Poutine-Medvedev. La publication du rapport de l’AIEA sur le nucléaire iranien implique des prises de décisions internationales qui devront se faire en collaboration avec la Russie au sein du Conseil de Sécurité. De plus, l’ouverture du gazoduc Northstream a fait grandir l’importance d’une relation stratégique pour l’approvisionnement énergétique de l’Europe. De récentes découvertes de gaz de schiste en Pologne peuvent cependant changer quelque peu la donne, notamment si, comme les experts polonais et américains l’annoncent, celle-ci peut devenir un pays exportateur de gaz.

La Pologne peut donc à moyen terme espérer voir ses investissements politiques dans son voisinage oriental rentabilisés, mais tout dépendra de plus grands enjeux qui façonneront la relation entre la Russie et l’Union Européenne. Pendant sa présidence, elle ne fait pas montre d’une très grande ambition en matière de développement concret de la PSDC, et cherche à préserver son projet de partenariat oriental. Le bilan de la présidence polonaise ne s’annonce pas négatif, mais ne marquera probablement pas l’histoire du développement d’une politique extérieure et de sécurité commune. Le pays manque encore de charisme et d’influence sur les grands pays de l’Union, et peine encore à fédérer sur les projets qui lui sont les plus chers.