Si l’extraordinaire élan qu’a connu la politique extérieure qatarie depuis une dizaine d’années n’est aujourd’hui plus à démontrer, il est curieux de constater qu’il aura fallu attendre son récent engagement dans les « printemps arabes » pour susciter l’intérêt des observateurs sur un sujet dont la bibliographie se limitait, il y a encore quelques mois, à une poignée d’articles, issus par ailleurs pour la plupart de publications anglophones.

L’arrivée au pouvoir à Doha de l’émir Hamad ben Khalifa Al-Thani en 1995, et plus encore l’engagement des Etats-Unis en Irak en 2003 auquel le Qatar offrit un appui déterminant en abritant le quartier général du Commandement central américain, ont marqué le début d’une ascension spectaculaire de ce petit émirat[1]. Depuis, Doha a su s’imposer comme un acteur incontournable de la scène politique golfiote et moyen-orientale. A l’origine de cette métamorphose, une intense activité diplomatique, pilotée par le Ministre des Affaires étrangères Hamad ben Jassem Al-Thani, consistant à conjuguer hard et soft power pour garantir la position de l’émirat dans un environnement régional instable et relativement hostile. L’un des outils les plus efficaces à cet égard aura été la promotion du Qatar comme médiateur de conflits internationaux dans l’ensemble de la région et au-delà.

Cet article a pour but principal de dresser l’état des lieux théorique de la littérature sur la « stratégie » diplomatique du Qatar ces dernières années, les facteurs qui ont présidé à sa mise en place et les modalités selon lesquelles elle s’est exprimée, pour prolonger ces réflexions au regard de son action en cours en Erythrée, au cœur de ce qui, à la veille de la vague de contestation qui a secoué le monde arabe, semblait encore son terrain de prédilection : les pays riverains de la mer Rouge. A la suite de la Somalie et du Soudan, le récent exemple de l’arbitrage du différend frontalier érythréo-djiboutien, par ailleurs très pauvrement documenté, sera l’occasion d’interroger plus avant la façon dont Doha mêle les différents niveaux de sa politique étrangère, élaborant ainsi ce que l’on conviendra de nommer, en référence à l’expression polémologique de Grande stratégie, une Grande diplomatie, ou diplomatie totale, comprise comme stratégie de sécurité. Basée sur une enquête de terrain principalement menée à Asmara à l’été 2010, cette analyse se veut donc une modeste contribution, à travers le filtre des bons offices de l’émirat dans cette partie de la Corne de l’Afrique, à la compréhension d’un phénomène plus large, dont l’étude exhaustive nécessiterait évidemment un examen approfondi de chacune de ses composantes. Si ce qu’il est désormais convenu d’appeler les « printemps arabes » a sans doute durablement orienté les priorités de Doha, les autres processus de médiation dirigés par l’émirat, à la marge de son environnement régional, restent de précieux indicateurs de la nature comme de l’ampleur de ses ambitions.

La diplomatie publique comme stratégie de survie

Comprendre la politique extérieure d’un Etat comme une stratégie globale de sécurité exige de se pencher sur les déterminants du sentiment de non-sécurité susceptibles de diriger l’action de ses décideurs. Dans le cas du Qatar, trois facteurs (ou représentations) peuvent être considérés comme à l’origine d’un certain complexe obsidional : l’héritage d’un passé largement fait de dominations et d’influences étrangères ; la taille, qui le range dans la catégorie des « micros-Etats » ; un  contexte régional extrêmement volatile. En réponse à une telle représentation de soi et de sa propre vulnérabilité, la politique étrangère qatarie va ainsi se constituer sous la double forme d’une course aux alliances stratégiques et d’une « diplomatie publique » destinée à associer la marque « Qatar » à une respectabilité internationale inébranlable.

Contexte géo-historique : héritages et représentations

L’histoire du Qatar peut être résumée comme la succession de dominations et d’influences étrangères, dont le dernier avatar fut le protectorat britannique qui prit fin à l’indépendance de l’émirat qui, en 1971, prit le parti de ne pas rejoindre le projet de fédération inter-émirats d’abord envisagé. L’Arabie saoudite, forte d’une indépendance plus ancienne, d’un poids économique sans équivalent et d’une alliance américaine indestructible, n’eut aucune peine à imposer son leadership dans la région, jusque dans la création du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) en 1981. L’imaginaire historique qatari est tout entier empreint de cette conscience de se trouver au croisement d’ambitions contraires ; après avoir subi la domination des Portugais, des Ottomans, des Al-Khalifa de Bahreïn, c’est d’ailleurs en jouant sur ces différentes influences que put s’affirmer, à la fin du XIXe siècle, l’autorité de la famille Al-Thani, toujours au pouvoir aujourd’hui.

Au cœur de cette perméabilité aux actions venues de l’extérieur, la superficie du Qatar a fait couler beaucoup d’encre. La science politique est pleine de considérations sur les implications de la taille d’un pays en relations internationales sur ses stratégies de politiques intérieure comme extérieure[2]. Dans le cas du Qatar, il est indéniable que son statut de micro-Etat ait encouragé la perception de sa propre vulnérabilité. Pour autant, sa petitesse ne fait géopolitiquement sens que dans la mesure où on la met en relation avec le gigantisme des pays qui l’entourent. L’ensemble des micro-Etats du Golfe persique ont en mémoire l’épisode traumatisant de l’invasion du Koweït par l’Irak en août 1990. A des rapports tendus avec l’Arabie saoudite frontalière, indéfectible soutien de l’ancien émir, le Qatar doit également ajouter la menace d’un Iran qui ne cache plus ses prétentions à un leadership régional. Dans ce jeu à somme nulle, où chaque gain d’une partie signifie une perte pour l’autre, le complexe obsidional, qui confine parfois même à la paranoïa[3] de Doha devient l’élément fondateur de sa politique générale, et à plus forte raison de ses rapports avec l’extérieur.

Hard et soft power : entre pragmatisme des alliances et diplomatie publique

 Intérêt national et alliances stratégiques

La prise de conscience de la vulnérabilité d’une telle situation géopolitique a conduit le Qatar à entreprendre une politique étrangère ambitieuse, dont le premier volet, qui ressort directement de ce qu’il est désormais convenu d’appeler hard power, a consisté en une série d’alliances dont l’hétéroclisme, parfois qualifié d’ambigu ou de paradoxal, traduit en réalité un extrême pragmatisme politique : seul pays de la région à entretenir des relations avec Israël sans d’ailleurs en faire mystère, l’émirat s’est également montré très proche du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais ces dernières années. Il abrite en même temps le Quartier général du commandement central américain (CENTCOM), base arrière de la guerre menée par les Etats-Unis en Irak, et se tourne aujourd’hui vers des grandes puissances émergentes comme l’Inde. On voit ainsi à quel point la logique politique générale qui anime Doha depuis l’arrivée au pouvoir du nouvel émir en 1995 relève bien plus d’un pragmatisme nationaliste que d’un quelconque idéal panarabe que pourrait par exemple suggérer une analyse superficielle du projet de la chaine d’informations Al-Jazeera. En ce sens, Doha ne fait que prolonger sa longue tradition de composition avec les diverses lignes de force qui structurent la région pour s’affirmer comme acteur politique. A la manière des pays européens qui tentent aujourd’hui de diversifier leurs sources d’approvisionnement de gaz pour éviter une trop forte dépendance vis-à-vis des pays par lesquels transitent les hydrocarbures russes, on assiste dans le cas du Qatar à un véritable processus de sécurisation « par le nombre »[4], où la multiplication des alliances, au-delà de toute considération idéologique, est supposée inscrire l’émirat dans un écheveau qui le rende intouchable. Là où les projets de gazoducs d’Asie centrale vers l’Europe contournant la Russie ne cherchent cependant qu’à assurer la sécurité énergétique de l’Europe, c’est fondamentalement sa propre survie en tant qu’Etat qu’est censée consolider la stratégie d’alliances tous azimuts du Qatar.

Nation branding

Si la volatilité des rapports de force au Moyen-Orient a convaincu le Qatar de diversifier ses alliances, le hard power ne constitue en réalité qu’une part marginale de la réponse apportée par le nouvel émir à l’instabilité de la situation de son pays. Tout comme les autres micro-Etats du Golfe, qui ont profité de l’affaiblissement du leadership de Riyad, dans un même élan qualifié par Olivier Da Lage de « revanche des vassaux »[5],  pour s’affirmer sur la scène politique régionale et internationale, le Qatar a très vite ressenti l’urgence d’asseoir sa visibilité par un intense travail de diplomatie publique qui associe directement son nom, à la manière d’une marque commerciale, à une série de représentations positives. Ce processus de nation branding se traduit par une large gamme d’instruments, au nombre de six selon un récent article de David B Roberts : médias, culture, économie d’une part (volet qui ressort de l’acception traditionnelle du soft power) ; médiation de conflits, largesses financières (munificence), neutralité d’autre part (volet plutôt diplomatique).

L’essentiel du premier volet est porté par ce véritable bras armé de Doha que constitue la chaine Al-Jazeera : créée en 1996 à la suite du coup d’Etat de Sheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani contre son père, la chaine, qui a su récupérer de nombreux journalistes issus de la BBC, est aujourd’hui le seul média arabe du Moyen-Orient à proposer une réflexion – relativement – critique sur l’ensemble des sujets d’actualité régionaux et internationaux. Coup de génie politique et diplomatique, elle a attiré sur elle et le nouveau régime qatari les foudres de l’ensemble de son voisinage. Mohammed el Oifi écrit :

« La naissance de la chaine répond d’abord à une logique interne au pays, aux problèmes que lui posent son environnement régional, et notamment ses relations avec l’Arabie Saoudite. Apres la guerre de 1991, les émirats du Golfe, qui doivent pour l’essentiel leur naissance et leur pérennité a une présence britannique dans la région longue de deux siècles, prennent conscience de leur fragilité structurelle. […]. Penser Al-Jazira dans les catégories habituelles de l’analyse revient donc a se condamner a ne rien comprendre a la construction de son identité ou a son fonctionnement, pas plus qu’a ses fonctions régionales (tenir en respect les voisins, et notamment Riyad), nationales (consolider le régime et l’Etat-nation qatari) et internationales (gagner une reconnaissance internationale et la bienveillance américaine). Al-Jazira est fille d’un contexte géopolitique incertain ou l’idéologie de l’Etat-nation est contestée et la puissance des identifications transnationales très vive. Pour légitimer son existence, souvent commentée par les nationalistes arabes avec amertume comme une erreur historique et un signe d’affaiblissement de la nation arabe, le Qatar s’efforce de capter des sentiments transnationaux, panarabes ou pan-islamiques, afin de les instrumentaliser pour renforcer et légitimer une identité nationale contestée. »[6]

Paradoxe suprême: c’est en se faisant l’écho du transnationalisme très prégnant au sein des sociétés arabes que le Qatar, par le biais d’Al-Jazeera, cherche à faire valoir sa légitimité comme Etat-nation dans un environnement qui ne lui reconnaît aucune existence autonome.

Pour autant, on aurait tort de négliger l’importance d’autres outils, moins prégnants dans les représentations collectives mais non moins efficaces à imposer l’image du Qatar comme Etat de premier plan sur la scène golfiote : ainsi de la construction de l’extraordinaire Musée des Arts islamiques de Doha, dont le bâtiment, conçu par l’architecte de la Pyramide du Louvre à Paris Ieoh Ming Pei, abrite quelques-uns des joyaux de la culture arabo-musulmane. C’est dans le même souci de rayonnement que l’émirat accueille de très nombreuses conférences scientifiques et de grands cycles de négociations internationales (Organisation Mondiale du Commerce en 2001, Organisation de la Conférence islamique en 2003). Après avoir organisé les Jeux Asiatiques de 2006, le Qatar s’est par ailleurs proposé comme pays hôte pour les Jeux Olympiques de 2016 et a obtenu en novembre 2010, au terme d’une compétition surmédiatisée, notamment par l’intermédiaire d’Al Jazeera, l’organisation de la Coupe du monde de football de 2022, s’octroyant ainsi le prestige d’être le premier pays arabe à accueillir l’événement sportif le plus suivi dans le monde ; il s’est en outre engagé dans une série de partenariats avec certaines parmi les plus prestigieuses universités du monde[7].

Pour efficace qu’il soit, ce premier volet de l’action de diplomatie publique du Qatar ne trouve vraiment de consistance que dans la mesure où il appuie la « diplomatie de niche » qu’a su se ménager Doha. Ce second aspect, en lequel se concentrent beaucoup des espoirs de l’émirat, trouve sa véritable expression dans le travail de médiation de conflits que mène le Qatar depuis le milieu des années 2000.

La médiation de conflit, “niche diplomacy” de Doha

La notion de diplomatie de niche (niche diplomacy, que nous traduirons ici en français) a été proposée par l’ancien Ministre australien des Affaires étrangères Gareth Evans pour désigner la tendance de pays de petite ou moyenne taille à renoncer à une politique étrangère de pur hard power, que leur poids sur l’échiquier international condamnerait d’emblée, pour se ménager un domaine spécialisé d’intervention qui leur permette d’acquérir « un poids bien plus grand sur la scène diplomatique en s’impliquant dans des dossiers en lien avec la société civile globale »[8]. A ce titre, la diplomatie de niche constitue donc une expression à part entière de l’entreprise de nation branding, en ce qu’elle contribue, dans le cas de la diplomatie publique de Doha, à la construction d’une représentation nationale destinée à légitimer l’existence même du Qatar comme acteur politique.

Pour Doha, il s’agissait alors d’imposer une « niche » qui la différenciât des autres micros-Etats du Golfe, qui avaient eux aussi profité du desserrement – tout relatif cependant – du lien américano-saoudien après 2001 pour asseoir leur visibilité sur l’image d’une plaque bancaire et d’investissement.

L’acte de naissance de la « niche » qatarie dans la médiation de conflits se trouve sans doute dans son accession au statut de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies entre 2006 et 2008, période d’intense activité diplomatique pour l’instance internationale durant laquelle Doha défia tous les pronostics en s’offrant le luxe de prendre quelque distance avec les positions américaines[9]. Les médiations se sont alors succédé : gouvernement marocain / Front Polisario, Israël / Hamas, Hamas / Fatah, Yémen, Somalie… jusqu’au succès retentissant de l’accord interlibanais de Doha, qui mit fin en mai 2008 aux fortes tensions communautaires qui agitaient le Liban.

Cette diplomatie de niche se trouve systématiquement appuyée par des aides financières. L’extraordinaire richesse conférée à l’émirat par ses immenses gisements de gaz naturel lui a offert une arme qu’il ne se prive pas de mettre au service de sa diplomatie publique. C’est ainsi que les habitants de la bande de Gaza, le gouvernement syrien (investissements pharaoniques dans le port de Lattaquié, don à Bachar al-Assad de son Airbus présidentiel), et jusqu’aux victimes américaines de l’ouragan Katrina ont bénéficié des largesses du Qatar. En 2008, lors de la médiation du conflit entre gouvernement central yéménite et rebelles houthistes, Doha s’était même déclarée prête à indemniser certaines tribus nordistes accusées à tort par le premier de soutenir les seconds.

Cependant, malgré les nombreux conflits où l’émirat s’est proposé comme tierce partie, on remarquera, avec Rockower[10], qu’au contraire par exemple de la Norvège, avec laquelle il présente de nombreux points communs (petite puissance, extrêmement riche du fait de ses ressources naturelles, tentant de s’affirmer sur la scène internationale à travers une diplomatie de niche concentrée sur la négociation de processus de paix), le Qatar semble ne pas savoir tirer un assez grand profit de son rôle de médiateur, en raison notamment du cloisonnement de son action diplomatique, pas assez inclusive de la société civile :

“Qatar’s own brand of conflict mediation diplomacy comes off as rather personality-driven, and is very connected with the apex of Qatari leadership. While Norway is set on maximizing its public diplomacy potential from its niche diplomacy work, Qatar is merely reaping “one-off” publicity for its work without the necessary structures to fully exploit its niche diplomacy efforts. Just as Oslo has become synonymous with peacemaking, with better public diplomacy coordination, Doha could conceivably be mentioned in the same sentence.” [11]

Développer sa communication publique autour de son action diplomatique pourrait même conférer à Doha un gain politique qu’elle n’obtient pour le moment qu’à force de chèques en blanc :

“With the recent dramatic drop in the price of oil, it is unlikely that Qatar will be as flush with revenue to pursue its “petrodiplomacy” tactics as a tool that has helped burnish its conflict mediation. However, a more developed public diplomacy campaign to enhance Qatar’s peacemaking reputation and brand Qatar as the hub of peacemaking could be a force-multiplier in Qatar’s push to be an international player.” [12]

Une logique géographique ?

L’intérêt de la comparaison norvégienne réside en réalité davantage dans les divergences qu’elle met en lumière : car là où le champ d’action des médiations d’Oslo couvre pour ainsi dire l’ensemble du planisphère mondial, du Guatemala au Proche-Orient en passant par la Bosnie et le Sri Lanka, il est frappant de constater que la diplomatie de niche de Doha suit une logique géographique très précise, centrée sur son contexte régional moyen-oriental. L’entreprise qatarie de médiation de conflits est en fait éminemment située, dans la mesure où elle ne concerne que son environnement immédiat, jusqu’au nord de l’Afrique. Nouvelle preuve du caractère utilitaire de la diplomatie publique qatarie, qu’on ne saurait limiter à la simple quête d’une certaine image de respectabilité ou de nation soucieuse du respect des droits humains auprès de l’opinion publique mondiale : en proposant ses bons offices aux pays de son instable voisinage, Doha se donne le rôle de négociateur impartial, au-dessus des turbulences, et s’assure, de la part d’acteurs régionaux d’importance, une amitié sur laquelle ne peut que venir buter l’hostilité saoudienne. Les récents mouvements de contestation dans le monde arabe sont venus accentuer cette dimension régionale avec d’autant plus d’intensité que le Qatar, contrairement à ses voisins du Golfe, ne redoute aucune contagion des révolutions arabes à l’intérieur de ses frontières : Etat sans société civile, il ne renferme aucune minorité susceptible de s’opposer au pouvoir. Les troubles internes que connaît aujourd’hui le régime saoudien ont par ailleurs contribué à donner à Doha (et à Al Jazeera) toute latitude pour proposer ses bons offices dans la région ces derniers mois.

 Une « Grande diplomatie »

Le terme de Grande stratégie tel qu’il a été défini et explicité par le stratégiste et spécialiste d’histoire militaire Liddell Hart traduit le besoin, après la Seconde Guerre mondiale, de qualifier la vision stratégique globale de puissances concentrant l’ensemble de leurs forces dans la guerre et multipliant les fronts pour s’assurer une sécurité maximale[13]. La démesure d’une telle vision renvoie à son caractère éminemment politique, idéologique, voire sacré. Elle caractérise typiquement toutes les représentations sous-tendant les prétentions, récurrentes dans l’Histoire, à une « Grande » nation : Empires, « Grand Maroc », « Grande Syrie », etc., pour autant que l’ensemble de l’action politique du pays soit guidée par cette préoccupation et que l’ensemble de ses forces y soient consacrées. Etant donné que l’action extérieure de Doha vise tout de même principalement des buts politiques classiques, le recours à une telle expression semble assez malvenu ; néanmoins, dans la mesure où cette action s’appuie sur un ensemble de représentations de l’environnement régional du Qatar et des rapports de force dans l’espace géopolitique mondial, dans la mesure également où cette conception du monde se trouve nourrie de références historiques (l’expérience longue et répétée de dominations et d’influences étrangères), dans la mesure enfin où cette action ne se contente pas de recourir à une diplomatie classique mais intervient à différents niveaux d’influence qui s’entrecroisent, on conviendra ici, sur le modèle polémologique de Liddell Hart, de parler de Grande diplomatie pour qualifier l’action extérieure totale de Doha.

De Khartoum à Asmara : l’autre axe de la diplomatie qatarie

La mer Rouge, terrain privilégié de la médiation de conflits

L’action diplomatique du Qatar dans les pays de la mer Rouge ne compte pas parmi ses réussites les plus éclatantes ; à dire vrai, le bilan est même plutôt mitigé. L’entrée de Doha dans la région remonte à décembre 2006, date depuis laquelle les diplomates qataris s’emploient à faire dialoguer, dans le cadre du désormais fameux « processus de Doha », les différentes factions rebelles darfouries et le gouvernement de Khartoum. Si le processus est toujours en cours, bien que compliqué par la perspective du referendum sur l’indépendance du sud du pays, il n’en est pas de même en Somalie, où la médiation menée de décembre 2006 à avril 2008 s’est, comme toutes les initiatives internationales jusqu’à présent il est vrai, soldée par un échec patent. Notons à ce propos l’absence quasi totale de littérature sur cette dernière question, que l’on expliquera aisément par les difficultés de mener une véritable recherche sur le terrain somali.

Si l’exemple du Yémen est sans doute à comprendre dans le contexte d’une action sur la Péninsule arabique davantage que comme relevant d’une logique centrée sur la mer Rouge, il n’est pas inutile de rappeler ici les grandes lignes de la médiation qatarie, à titre d’illustration des éléments mentionnés plus haut[14]. Le Qatar est parvenu à négocier en juin 2007 un cessez-le-feu entre les rebelles chiites houthistes du nord et le régime d’Ali Abdullah Saleh, désormais déchu, puis à nouveau en juillet 2008, après la reprise des combats. En 2010, Doha paraissait de nouveau prête à offrir ses bons offices par le biais de son Vice-Ministre des Affaires étrangères, Seif Moqqadam Al Bouainain, artisan des deux négociations précédentes et fin connaisseur des tribus du nord du pays. De nouvelles discussions à l’été 2010 ont permis d’établir un calendrier de négociations. La persévérance du Qatar dans ce dossier symbolise à elle seule la priorité accordée par l’émirat à la région, et que l’on peut comprendre de diverses manières : la visibilité internationale du conflit, qui intervient dans un pays soupçonné de devenir un nouveau nœud de réseaux terroristes comme Al-Qaïda, renforce d’abord d’autant plus l’importance du négociateur, et participe ainsi activement du nation branding évoqué plus haut ; d’autre part, on ne peut oublier le fait que le conflit yéménite, souvent qualifié de guerre irano-saoudienne par procuration, constitue un véritable enjeu pour Riyad, qui ne peut voir que d’un mauvais œil les velléités de médiation qataries.

La médiation du différend érythréo-djiboutien

Historique

Mal définie et sujette à différents accords contradictoires conclus par les puissances coloniales de la région, la zone frontalière entre Djibouti et l’Erythrée a donné lieu à plusieurs accrochages entre les forces militaires de ces deux voisins de la Corne de l’Afrique. Le dernier en date, à l’été 2008, aurait été provoqué par l’incursion de soldats érythréens dans la zone contestée de Doumeira et de l’île de Doumeira, sur une ligne de quelques kilomètres de pierre et de sable sans grand intérêt stratégique. La mort de plusieurs dizaines de soldats des deux côtés conduit l’ONU à condamner l’attitude belliqueuse érythréenne et à exiger le retrait des troupes de part et d’autre de la zone litigieuse. Face au refus d’Asmara et à la décision de Djibouti de ramener ses troupes aux positions du statu quo ante, le Conseil de sécurité vote le 14 janvier 2009 la résolution 1862 condamnant l’Erythrée, puis, le 23 décembre 2009, la résolution 1907, également motivée par les soupçons pesant sur Asmara d’aide logistique et financière aux milices antigouvernementales somaliennes, soumettant l’Erythrée à un embargo sur les armes, une interdiction de déplacement et un gel des avoirs à l’étranger pour certains de ses officiels. Cela en dépit des dénégations répétées d’Asmara, qui dénonce la « fabrication » de tels motifs d’accusation et va jusqu’à nier l’existence même d’un différend frontalier avec son voisin djiboutien.

La portée des pressions internationales sur un régime tel que celui actuellement en place en Erythrée, toujours affublée du surnom de « Corée du nord de l’Afrique », reste malaisée à évaluer. Toujours est-il que l’on observe depuis le printemps 2010 un certain assouplissement de l’attitude envers la communauté internationale des autorités d’Asmara, qui sont allées jusqu’à accepter la venue, en août dernier, du Secrétaire général adjoint pour les Affaires politiques de l’ONU, M. B Lynn Pascoe, puis du nouveau Groupe de contrôle sur l’Erythrée et la Somalie, dont le mandat a pris effet le 1er août 2010 pour observer le respect des deux résolutions, et qui a remis son rapport au Comité de sanctions à l’été dernier.

Ces visites interviennent alors que le 6 juin 2010 était annoncée la mise en place d’une médiation du différend érythréo-djiboutien sous les auspices de l’émir qatari, saluée par l’ensemble de la communauté internationale. En quelques jours, plusieurs centaines de soldats qataris ont été déployés le long de la zone litigieuse pour observer le retrait des troupes érythréennes de Doumeira et de l’île de Doumeira, qui a bien eu lieu. L’ultime étape du processus, à savoir la démarcation effective de la frontière, dont les deux parties ont convenu qu’elle serait définitive et contraignante, devrait être précédée d’un accord sur l’échange des soldats faits prisonniers durant les combats de 2008[15]. A l’heure d’aujourd’hui, les discussions sont toujours en cours.

Doha à Asmara : un exemple de diplomatie totale

Il ne s’agit pas de surestimer l’importance d’un tel accord, ni même de l’Erythrée pour la diplomatie qatarie. Après tout, le conflit, quasiment inconnu de la société civile internationale, reste minime, et le président érythréen Isaias Afeworki lui-même estime désormais la question réglée et s’en remet au travail de Doha, le reste n’étant qu’affaire de géomètres ; rien en comparaison du conflit, fondateur de l’identité érythréenne, avec le voisin éthiopien. Ce qu’il est intéressant de constater en revanche, c’est à quel point cet accord, pour surprenant qu’il soit au regard de l’intransigeance d’une personnalité comme celle d’Isaias, ne vient en réalité que s’inscrire dans le cadre d’une stratégie bien plus large de séduction de l’émirat envers Asmara. Il est par exemple tout à fait symptomatique que, de tous les représentants étrangers présents dans la capitale érythréenne, l’Ambassadeur qatari semble être le seul non seulement à bénéficier de l’honneur d’être reçu plusieurs fois par mois par le discret et paranoïaque Isaias, mais à être en outre exempté des vexations auxquelles est soumis l’ensemble du personnel diplomatique et d’ONG à Asmara (notamment l’interdiction de sortir de la capitale sans demande d’autorisation déposée deux semaines à l’avance, et régulièrement refusée).

En réalité, on retrouve dans cette nouvelle amitié l’ensemble du spectre des modalités d’influence qatarie évoquées plus haut ; c’est précisément en cela que l’exemple érythréen, tout marginal qu’il puisse paraître, s’avère tout à fait représentatif des orientations diplomatiques de l’émirat. Si le montant exact des dons qataris qui, selon certains, constitueraient le pilier du maintien d’un régime érythréen sous perfusion, reste difficilement vérifiable, de même que la fréquence exacte des voyages d’Isaias à Doha (son dernier séjour officiel remonte au 22 janvier dernier), le vaste mouvement d’investissements du Qatar en Erythrée est, quant à lui, parfaitement certain. L’émirat s’est ainsi engagé de façon non négligeable dans l’industrie touristique du littoral érythréen : d’abord conçue comme un lieu de villégiature de luxe réservé à l’émir et à ses proches, l’île Dahlak Kebir, perle de l’archipel érythréen des Dahlak, aux fonds marins dignes des plus beaux spots de Thaïlande, et auquel Al-Jazeera consacrait le 17 novembre 2010 un court reportage dans son édition arabophone, pourrait à terme s’ouvrir à un public touristique plus large. L’aménagement de l’île, que Doha s’est attribuée pour un bail de 99 ans et sur laquelle elle a fait bâtir de nombreuses villas pour un montant de 150 millions de dollars alors qu’elle se résumait au départ à quelques kilomètres carrés de sable à fleur d’eau, a été confié à une joint venture franco-qatarie. A ce projet de grande envergure s’ajoute une série d’activités tout aussi symboliques : réhabilitation du stade d’Asmara en 2011 par le Comité olympique du Qatar (le nouveau complexe dispose d’un « hall de l’amitié qataro-érythréenne »), inauguration de la route reliant l’Erythrée au Soudan en présence des présidents érythréen et soudanais et de l’émir qatari[16].

Quel intérêt Doha peut-elle tirer d’une telle présence dans une région à la valeur stratégique apparemment si faible ? C’est précisément son insignifiance supposée qui nous conduit à considérer l’action du Qatar dans la mer Rouge comme partie intégrante de sa stratégie globale de sécurité. D’une certaine manière, « tout est bon à prendre » pour l’émirat, pour qui il n’y a pas de petite victoire ni de petits gains. Si l’on met de côté le fait que l’Erythrée soit traditionnellement assez méfiante envers son voisin saoudien (qui, durant la guerre d’indépendance érythréenne, soutenait l’ELF, parti révolutionnaire à majorité musulmane, concurrent de l’EPLF d’Isaias qui l’emporta pour ensuite accéder au pouvoir), Doha gagne en fait sur deux tableaux en s’imposant comme médiateur dans le différend érythréo-djiboutien : d’une part, son image publique (c’est-à-dire sa légitimité en tant qu’acteur politique, c’est-à-dire encore son existence en tant qu’Etat) s’en trouve renforcée ; d’autre part, mais de façon plus marginale et hypothétique, ses pions sont en place dans l’attente d’une éventuelle libéralisation économique du pays, dont les autorités sont en train d’envisager la mise en place d’une zone franche dans le port de Massawa.

En réalité, il serait étonnant que le processus de normalisation des relations entre l’Erythrée et Djibouti connaisse une véritable avancée, et ce malgré l’insistance de la communauté internationale qui voudrait y voir le prélude à une pacification régionale de la Corne : car l’Erythrée comme le Qatar peuvent s’estimer satisfaites du nouveau statu quo. Asmara, où par ailleurs n’a pas une seule fois, dans un seul média, transpiré la nouvelle de la médiation, peut mettre en avant sa bonne volonté et exiger du CSNU qu’il fasse appliquer de la même façon sa résolution sur la frontière érythréo-éthiopienne à Addis-Abeba, qui refuse toujours de se retirer de territoires reconnus érythréens par l’ONU ; quant à Doha, sa réputation de médiateur ne gagnerait pas beaucoup plus à pousser le processus à son terme, ce qui impliquerait d’ailleurs d’insister auprès d’un dictateur irascible.

L’exemple érythréen présente tous les ingrédients de la Grande diplomatie qatarie : l’accord de médiation de paix se trouve nourri par toute une série de financements, d’investissements, d’échanges de bons procédés diplomatiques que vient couronner la neutralité affichée de l’émirat, qui, dans le cas du régime paranoïaque d’Asmara, devient la pierre angulaire de la relation bilatérale.

Le hasard du rapprochement politique entre le Qatar et l’Erythrée, enfin, nous permet de dresser une comparaison qui peut se révéler éclairante : voici deux petits Etats perdus dans un environnement extrêmement tendu (Moyen-Orient pour l’un, Corne de l’Afrique pour l’autre), entourés de géants politiques qui leur font craindre, à tort ou à raison, pour leur survie en tant qu’Etats souverains (Arabie saoudite/Iran, Ethiopie) ; tous deux occupent par ailleurs également une position géostratégique de premier choix, au cœur des échanges du Golfe persique pour l’un, sur le détroit de Bab el-Mandeb, passage de la mer Rouge à l’océan Indien pour l’autre. Or, les réponses que chacun d’eux apporte à cette même crise de sécurité sont radicalement symétriques : là où Doha cherche à exister en tissant un immense réseau d’interdépendances aux rouages huilés par une vaste entreprise de communication liée aux intérêts de la société civile internationale, Asmara choisit le verrouillage de ses frontières, l’enfermement dans un complexe obsidional qui justifie une politique intérieure de répression sans relâche, le refus obstiné, jusqu’à l’absurde, du dialogue avec les instances internationales. Les raisons d’un tel fossé sont évidentes : si l’émirat peut se permettre d’appuyer ses ouvertures à l’étranger par de généreuses contreparties financières, l’Erythrée reste l’un des pays les plus pauvres la planète ; et la récente découverte d’importants gisements d’or dans la région d’Asmara ne semble pas près de renverser cette tendance. Plus encore, l’absence apparente d’opposition intérieure au Qatar donne aux autorités toute la marge de manœuvre nécessaire à la mise en place de politiques aussi non orthodoxes qu’elles le souhaitent.

Des arquebusiers ottomans aux pétrodollars du Golfe : intérêt et limites de l’hypothèse culturaliste

Une interprétation mérite que l’on s’y attarde, dans la mesure où elle s’avère assez représentative de la façon dont certains pays perçoivent les bons offices de Doha dans la région : interrogé à ce propos, un ambassadeur américain répondit en rappelant la défaite que fit subir un sultan en 1541 à la flotte de Christophe de Gama, fils du célèbre navigateur, qui venait tenter, au nom du Portugal, de reprendre Massawa, sur le littoral de l’actuelle Erythrée, aux Ottomans[17]. Pour le représentant du département d’Etat, il était clair que les prétentions contemporaines du Qatar sur la Corne de l’Afrique procédaient de la même logique de défense culturaliste : il s’agirait pour Doha de préserver les marges du Dar al-Islam en y assurant son influence politico-économique. Si une telle vision culturaliste ne semble pas correspondre à la réalité d’une diplomatie bien plutôt inscrite dans une logique de pragmatisme nationaliste, il est intéressant de constater la façon dont il arrive aujourd’hui que les bons offices de Doha s’accompagnent d’un prosélytisme wahhabite très discret, que certains qualifient d’ailleurs sans hésiter d’anti-iranien[18]. C’est ainsi que certains pays de la région ont vu apparaître sur leur territoire de nouvelles mosquées financées par l’émirat, et confiées à la gestion d’imams wahhabites eux aussi directement venus du Golfe[19]. Si l’ampleur et la portée d’un tel phénomène restent encore largement inconnues, il n’en reste pas moins que les pétrodollars semblent s’être efficacement imposés comme arme privilégiée de l’influence qatarie au sein même des populations des pays ayant bénéficié des services de Doha.

Conclusion

Si l’on a pu parler de « Saint-Valentin américano-saoudienne » pour souligner la portée du pacte « pétrole contre protection » conclu entre Washington et Riyad le 14 février 1945, le Qatar semble quant à lui s’être engagé, depuis l’arrivée au pouvoir de l’émir Hamad Al-Thani et la confirmation de sa ligne nationaliste à partir de 2003, dans un exercice de séduction perpétuelle envers tous les Etats susceptibles de renforcer sa position d’acteur de premier plan dans un environnement incertain caractérisé par l’hostilité supposée du voisin saoudien, les prétentions régionales iraniennes et une série de conflits parmi les plus violents et les plus complexes de la planète. En associant à un dense réseau d’alliances économiques et militaires une diplomatie publique, relayée par une chaine d’informations monopolistique, et concentrée sur la « niche » de la médiation de conflits, Doha est parvenue à imposer l’image d’un Etat neutre, pacifique, ouvert au monde et à la modernité. C’est dans la mesure où cette orientation s’avère toute entière dirigée par un constant souci de survie nationale qu’il nous a paru opportun d’y voir une Grande diplomatie : à la différence d’une simple politique d’influence, apanage des grandes puissances capables de s’ériger en protecteurs ou disposant par exemple de liens historiques avec les pays de leur aire d’influence, l’action extérieure du Qatar cherche en effet moins à repousser sans cesse les limites de son champ que de verrouiller son environnement immédiat en y investissant l’ensemble des strates d’influence à sa disposition en une stratégie globale de sécurité. Les différents « ingrédients » évoqués plus haut ne se complètent pas seulement : inextricablement liés, ils se nourrissent les uns les autres, à l’échelle de l’Etat concerné, comme le montre l’exemple érythréen, ou encore celui du projet de pipeline Dolphin, dont les retombées économiques s’effacent rapidement devant le gain politique que signifie ce rapprochement avec les Emirats arabes unis et le sultanat d’Oman[20]. A cet égard, les récentes percées de l’émirat en mer Rouge, dont la médiation du différend érythréo-djiboutien s’avère tout à fait emblématique, sont également assez parlantes, et permettent d’y voir un axe de développement diplomatique que Doha pourrait continuer d’exploiter en marge de son action chez ses voisins arabes.

On peut dire que la frénésie diplomatique du Qatar traduit en fait une véritable crise de sécurité ontologique, dont un autre aspect peut se comprendre comme une quête d’identité nationale : la richesse des collections du Musée d’art islamique de Doha, qui s’enfonce dans la mer, sur une île artificielle, entre l’immense quartier de gratte-ciels ultramodernes de la capitale et la Corniche sur laquelle s’alignent les boutres des anciens pêcheurs de perles, ne dit rien d’autre. A la manière de sa très médiatisée Première dame, Sheikha Mozah bin Nasser al Missned, venue chercher dans des archives parisiennes des informations sur l’histoire de son pays, ou des autorités culturelles qui multiplient les champs de fouilles archéologiques, le Qatar cherche aujourd’hui la justification de son existence à brandir devant le monde, et d’abord devant ses propres yeux.


[1] Mikaïl, 2008

[2] Peterson, 2006

[3] Al Khamis, 2011

[4] Roberts, 2009

[5] Da Lage, 2006

[6] El Oifi, 2004, p. 652-653

[7] Roberts, 2009

[8] Rockower, 2008

[9] Mikaïl, 2008

[10] Rockower, 2008

[11] ibid., p. 24

[12] ibid., p. 25

[13] Liddell Hart, 1967

[14] Nous arrêtons ici notre propos à l’année 2010, l’initiative qatarie ayant pris fin avec le conflit qui a récemment mené à la chute du président Saleh, période au cours de laquelle les tentatives de médiation ont été dominées par le Conseil de Coopération du Golfe et les Nations Unies.

[15] La réalité d’un tel échange laisse toutefois songeur, dans la mesure où l’on sait que les soldats érythréens capturés par Djibouti, à l’exception de l’un d’entre eux, blessé et soigné à l’hôpital de Djibouti, n’ont pas attendu l’accord pour demander l’asile politique dans les pays de la région. Si cette situation peut prêter à sourire, elle est sans doute pour beaucoup dans la lenteur que met le président Isaias à faire avancer le processus.

[16] Lien vers la vidéo diffusée par la chaîne d’Etat EriTV à l’occasion de l’inauguration : http://blip.tv/asmarino5/video-road-linking-eritrea-and-sudan-inaugurated-5679667

[17] Entretien avec un haut responsable américain en Erythrée, juin 2010

[18] L’existence d’une telle entreprise ne va cependant pas sans soulever de nombreuses interrogations ; l’aide considérable apportée par le Qatar à la reconstruction de zones chiites libanaises après la guerre avec Israël en 2006 allant par exemple directement à son encontre. Nouvelle preuve du pragmatisme politique qatari ?

[19] Eritrea Profile, 4 décembre 2010, http://www.shabait.com/news/local-news/3904-newly-built-sehaba-mosque-inaugurated

[20] Dargin, 2007, cité dans Roberts, 2009, p. 250

Bibliographie

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http://www.middle-east-online.com/english/?id=46267

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http://www.opendemocracy.net/kristian-coates-ulrichsen/qatar-and-arab-spring