Depuis hier, des centaines de témoignages parviennent d’Alep pour raconter la guerre qui s’y déroule. Si les éléments de langage parlent de « reprise d’Alep par les forces pro-gouvernementales » ou de « chute d’Alep », il est indispensable de nommer ce qui est en cours dans la ville syrienne: le massacre systématique de populations civiles par l’armée du régime et ses soutiens, appuyés sans discontinuer par les forces armées russes.
Les messages d’adieu de femmes et d’hommes attendant la mort nous mettent d’abord face à l’horreur en train de se faire. Cette horreur, qui trouve aujourd’hui son paroxysme à Alep, a débuté en Syrie il y a cinq ans. Elle a fait des centaines de milliers de morts, mutilés, disparus, déplacés et réfugiés.
Ces messages jettent ensuite une terrible lumière sur la responsabilité de tous ceux qui, par idéologie, ignorance ou paresse, auront laissé l’horreur se produire. Ils nous disent enfin que ce 13 décembre marquera sans doute pour longtemps la fin des espoirs suscités en 2011 dans les sociétés du monde arabe et au-delà, en scellant l’avènement d’autoritarismes plus violents encore que ceux qui les ont précédés.
Noria, en tant que collectif de chercheurs, s’est efforcé ces dernières années d’analyser au plus près la crise syrienne. Si ce travail d’analyse paraît dérisoire en ce jour de massacre, il nous fonde à parler pour dénoncer l’erreur raciste et meurtrière de tous ceux qui, au nom d’un supposé choix à faire entre deux maux, pensant faire preuve de réalisme, refusent le droit à la démocratie à des sociétés arabes que seuls les «hommes forts » et leurs cliques tortionnaires pourraient « tenir ». Ceux-là même qui s’imaginent avec un cynisme inouï que le sang des Alépins achètera la sécurité de l’Occident face à l’État Islamique.
A l’heure où certains candidats à la présidence de la République, en France, se jouent les thuriféraires du régime syrien, il serait bienvenu de savoir de quelles « valeurs » ils se réclament, eux dont la passivité, quand ce ne sont pas les encouragements, promeuvent la domination autoritaire, le meurtre, la torture, le mépris du droit international humanitaire et de la dignité des hommes.